mardi 13 octobre 2009

HENRY CHRISTOPHE 6 OCTOBRE 1767- 8 OCTOBRE 1820

Nous sommes condamnés à faire l’histoire pour ne pas refaire les mêmes erreurs. L’histoire est la source de la force du peuple. C’est en ce sens que Marcus Garvey ait écrit « Un peuple qui ne connaît pas son histoire est un arbre sans racines ».

Octobre est un mois de malédiction pour le peuple haïtien. L’histoire n’a enregistré aucun beaux souvenirs pour les mois d’octobre.
Le 2 octobre 1937 plus de trente mille haïtiens sont massacrés en République Dominicaine sous les ordres du président dictateur Raphael Leonidas Trujillo y Molina. Cet événement cynique et tragique est étudié en histoire sous le nom de vêpres dominicaines. Le 8 octobre 1820 Henri Christophe, le roi bâtisseur, le civilisateur s’est suicidé. Le 17 octobre 1806, le peuple haïtien a enregistré son premier coup d’Etat avec l’assassinat de Jean Jacques Dessalines, le père de la patrie. Et depuis lors les coups d’état, l’exil, l’emprisonnement politique deviennent us et coutumes en Haïti.

Le 18 octobre 1806 les putschistes, les acteurs du 17 octobre ont assassiné lâchement en prison Boisrond Tonnerre, l’auteur de l’acte de l’Indépendance, le 19 octobre le héros de Vertières, le légendaire Capois Lamort est assassiné à Fossé Capois, non loin de Limonade
Certains noms dans notre histoire sonnent comme un manifeste, celui d’Henri Christophe par exemple.
Henri Christophe est né à la Grenade le 6 octobre 1767, d’une mère française et d’un père anglais - La Grenade, est ancienne colonie française, tombée à l’époque sous la colonisation des anglais. Trop turbulent il est confié à son grand père qui le tolérait aveuglement. Celui-ci le confia à son tour pour être dressé et dompté à un capitaine de bâtiment qui fit le trajet l’Angleterre St Domingue en passant par la Grenade. Arrivé à St Domingue le jeune enfant ne fut pas remonté à bord, on le trouva plus tard comme serveur à l’hôtel La Couronne de Mr Badêche, un français, au Cap français. En 1779, âgé de 12 ans il se fit enrôler dans le corps expéditionnaire qui devait participer à la bataille de Savannah pour consolider l’indépendance des Etats-Unis. De retour au Cap il rejoint Mr Badêche à une sucrerie à La Petite Anse. Il s’appelait en réalité Henri, c’est au Cap qu’il reçut le nom de Christophe, car on croyait qu’il fut de l’ile de St Christophe.

La vie militaire de Christophe commença en 1791 et on trouve ses traces dans l’insurrection des esclaves du nord, et même dans la cérémonie du Bois Caïman.
En 1793 il épousa une jeune fille de 15 ans, Marie Louise Coadavid, qu’il rencontra à Ouanaminthe. Christophe achetait alors des chevaux en colonie espagnole pour revendre à st Domingue. De ce mariage sont nés 4 enfants: François Ferdinand 1794, Françoise Améthyste 1798, Anne Antenaise 1800 et Jacques Henry Victor 1804. Après la mort de Christophe cette famille s’était refugiée à Pise, en Italie ou Mme Christophe, la reine Marie Louise fit construire, écoles, églises et centres d’art ménager.
Christophe s’est intégré définitivement dans l’armée indigène. Il conquit sa célébrité en 1802. Le 5 février de cette année, le général Leclerc décida de placer la Ville du cap sous son commandement. Il expédia le général Villaret Joyeuse. A celui-ci Christophe déclara « Si vous avez la force dont vous me menacez, je vous prêterai toute la force qui caractérise un général, vous n’entrerez dans la ville du Cap, que lorsqu’elle sera réduite en cendres, et même sur ces cendres je vous combattrai encore »
Après le coup d’Etat du 17 octobre 1806, il était l’officier le plus qualifié, le plus apte à remplacer Dessalines, vu son niveau d’instruction, son charisme, sa bravoure, son talent et sa discipline. Le 23 octobre 1806 il fut nommé chef du gouvernement provisoire. Le 27 Décembre 1806 il fut nommé président d’Haïti pour être révoqué quelques heures plus tard par le sénat qu’il jugeât détenir trop de pouvoir. Après son échec à la bataille de Sibert, le premier Janvier 1804, il rentra dans le nord et s’y proclama président de l’Etat du Nord. Le 26 mars 1811 il se fit proclamer roi sous le nom d’Henri premier. Au cours d’une messe à l’église de Limonade le 15 Aout 1820 il fit une crise qui le rendit impotent jusqu'à sa mort.

Boyer profita de la maladie de Christophe pour envahir le royaume du nord. Il expédia une flotte militaire pour repousser les soldats de Boyer. Christophe fut trahi par ses soldats à St marc. Ayant appris la nouvelle, il décida de se suicider en se logeant une balle à la cervelle. Ainsi fini un règne basé sur l’ordre, la discipline et le travail. Ainsi fini la vie d’un titan, d’un visionnaire, un chef d’Etat qui concevait des écoles, des hôpitaux dans chaque habitation. Le code Henri est un véritable manifeste d’un Etat de droit.

Christophe croyait beaucoup dans l’éducation, il répétait souvent: « L’éducation seule peut faire passer le peuple de l’Etat de nature à l’Etat de raison ». Il pensait déjà à l‘enseignement universitaire dans son royaume. Il y ouvrit une faculté de médecine. Il fit venir de l’Angleterre des spécialistes de l’éducation. Il pratiqua la méthode Lancastérienne ou monitoriale selon laquelle les élèves plus avancés sont professeurs des moins avancés. Toutes les écoles sont en même temps professionnelles. Malheureusement après sa mort Boyer avait fermé toutes les écoles construites par Christophe.

Savez-vous qu’après la mort de Christophe, son palais fut « déchouqué » ? Sa femme, avec le concours de certains soldats fidèles, tentèrent d’apporter le corps à la citadelle pour être inhumé ; mais ils n’y arrivaient pas. Pour se sauver la vie, ils durent jeter le corps dans un four à chaux sur la route Milot Citadelle. Le cadavre fut dévoré par des chiens et des corbeaux. Ce fut le reste du corps qu’on enterra dans les bétons de la citadelle. Pendant près de 150 ans le nom de Christophe fut banni de la littérature politique du pays. C’est en 1954, au moment de la commémoration du tri cinquantenaire de l’Indépendance que le président Paul Eugène Magloire apposa une plaque en marbre sur le béton endurci qui contenait ses restes.

Christophe est un pharaon des temps modernes. La construction de la citadelle seulement lui donne droit d’entrer debout dans l’immortalité.
« La citadelle justifie qu’un peuple armé de volonté et de dévouement peut construire un tout à partir d’un rien. Qu’elle soit aujourd’hui le sujet de méditations et de réflexions de chaque haïtien et l’interprétation de notre rêve. Chaque haïtien doit penser à construire sa propre citadelle dans sa sphère d’action. Des pyramides d’Egypte à la citadelle d’Haïti, le génie nègre a défini l’intelligence humaine comme la vertu suprême de la vraie civilisation. La citadelle, à elle seule, est une encyclopédie de civilisation »

Il n’y a pas beaucoup d’ouvrages sur Christophe en Haïti. L’œuvre la plus populaire sur ce Pharaon moderne est le texte dramatique du Martiniquais Aime Césaire intitulé : La tragédie du Roi Christophe, mais très peu connue dans notre pays. Haïti, un pays de rendez vous manqués.


Bell Angelot
Directeur fondateur
Du Centre haïtien de recherches
Et d’investigations en sciences sociales




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