mardi 7 avril 2009

DE L’INCONSTITUTIONALITE A L’ANARCHIE SUR LA PRESIDENCE DE RENE PREVAL

NOU MANDE JISTIS

Justice, Transparence et Participation sont les piliers fondamentaux de la mouvance Lavalassienne. Aujourd’hui, nous nous penchons sur la notion de justice prônée par le mouvement. Le fait que le peuple tout entier se mobilise pour réclamer justice, dénote un certain laxisme au niveau de l’appareil judiciaire.
Nous vivons un moment crucial de notre histoire de peuple où le droit de la personne est bafoué à tous les niveaux. La situation qui prévaut actuellement dans le pays empêche aux citoyens en difficultés de revendiquer le respect de leur droit. Le gouvernement crée un climat de panique au moment actuel où tout le monde a peur de s’exprimer par crainte de perdre leur emploi sans préavis, de devenir un autre victime de disparition comme ce fut le cas de Lovinsky Pierre Antoine, ou pire encore, de se faire empoisonner ou du moins mourir soudainement d’une crise cardiaque non diagnostiquée. Des faits insolites qui se multipliaient sous le gouvernement Boniface/Latortue continuent à se produire au même rythme sous le gouvernement Préval/Pierre-Louis. Les bourreaux qui ont renversé le pouvoir constitutionnel, les principaux responsables du génocide qui ont pillé, brûlé les maisons de paisibles citoyens se voient dédommagés et honorés, tandis que les vraies victimes sont soit emprisonnées ou bien licenciées de leur boulot. La disparition de Lovinsky Pierre Antoine reste un mystère. Un homme raisonné, sympathique, respectueux, un militant qui opérait en tandem avec le Président Préval au sein du mouvement Lavalas dans les années antérieures pourtant, sa disparition n’a reçu aucune attention du côté du gouvernement. On aurait même fait croire que la présidence actuelle serait complice dans cette disparition bizarre et odieuse.
Les prisonniers politiques croupissent encore en prison sans être jugés. La justice devient un vain mot sur les lèvres des parents et amis des victimes du kidnapping du 29 Février 2004. Le peuple n’a jamais été aussi patient et tolérant envers un gouvernement. Il a su malgré les conditions exécrables et intolérables de son existence, comprendre que le président élu avait besoin du temps pour mettre en place une stratégie efficace, capable d’améliorer l’état des choses. Ce peuple quasi analphabète qu’on croit trop souvent être bête a compris la complexité des affaires d’état, il a courageusement patienté pour permettre au président à qui il a donné son vote de confiance, de réussir son travail sans trop de pression de sa part. Cependant la patience et la compréhension ont leurs limites. Le Président de la république est un gauchiste au service de l’impérialisme de droite. Il a oublié que le succès de son élection à la tête du pays est le fruit de mobilisations populaires. Le peuple ne va pas tarder à se réveiller pour lui exiger de prendre en considération les nombreuses revendications qui lui ont été adressées lors de sa campagne électorale. Le moment de demande des comptes est enfin arrivé. Le peuple ne peut plus rester silencieux face à l’indifférence du gouvernement de monsieur Préval qui fait acte d’un « je m’en foutisme » cynique l’entraînant irrémédiablement dans une descente aux enfers. Le peuple est fatigué de la politique de deux poids et deux mesures du gouvernement Préval/Pierre-Louis. Monsieur René Garcia Préval, nous tenons à vous souligner que votre comportement doit être remédié et vous ne pouvez plus continuer la politique de l ‘autruche. C’est un cri de détresse qui est lancé. NOUS SOMMES FATIGUES MONSIEUR LE PRESIDENT NOUS RECLAMONS JUSTICE.
Assez ! Notre peuple courageux ne mérite pas ce traitement odieux qu’il se voit infligé par votre gouvernement. Nulle institution étatique ne peut être au dessus de la loi. Le tribunal des référés a prononcé en faveur de Fanmi Lavalas pour son intégration dans les prochaines joutes électorales mais les membres du CEP en la personne de RODOL PIERRE, FRANTZ GERARD VERRET, LEONEL RAPHAEL, GAILLOT DORSINVIL, GINETTE CHERUBIN, LAURETTE CROYANCE, JACQUES BELZIN, FRANCOIS JASMIN, FRITZ ROSEME veulent se mettre en face de nous. Qu’attendons-nous pour dire au gouvernement Préval qu’en aucun cas il ne peut se dresser contre nous, le peuple?
Le chômage et la misère rongent le peuple haïtien, tandis que le Président de la république continu à faire fi de ses plus simples revendications et on dirait même qu’il s’en moque. Le Comité Fanmi Lavalas des Haïtiens d’Outre-mer réclame justice en faveur de toutes les victimes qui gémissent dans leur coin en attente d’un geste quelconque du gouvernement. Les victimes du coup d’état du 29 Février 2004 nécessitent réparations et dédommagements. Celles des cataclysmes naturels sont toujours en attente d’une réparation sociale. L’état piteux de nos routes ne peut plus attendre l’intervention urgente du gouvernement, les prisonniers politiques attendent toujours leur jugement. Les exilés politiques ont leurs yeux fixés sur la terre natale, de peur que la nostalgie ne les emporte vers la tombe, certains d’entre eux attendent un mot du président sans lequel ils ne peuvent atterrir sur le sol. Notre peuple courageux ne mérite pas ce traitement odieux qu’il se voit infligé par le gouvernement de monsieur Préval. Nous demandons formellement l’inclusion des enfants du peuple des différents secteurs de l’état révoqués injustement par le gouvernement de facto. Aussi réclamons-nous la réintégration du juge Jean Claude Douyon et l’application du jugement prononcé en faveur de Fanmi Lavalas exigeant sa participation aux prochaines joutes électorales. Sans l’appui de quelques membres de l'organisation Fanmi Lavalas, le gouvernement Préval ne saurait en aucun cas se dresser contre nous. Il manipule certains et joue du manque d’unité de nos responsables. Mais heureusement que les militants de bases sont plus que jamais déterminés à poursuivre la lutte jusqu’a la victoire finale. Pour finir, crions aux oreilles volontairement sourdes du Président Préval : qu’avez-vous fait de votre promesse de faciliter le retour au pays du Dr. Jean Bertrand Aristide? « Nap gade w nan je, ou menm wap gade akote> .

La justice est l’un des piliers fondamental de Fanmi Lavalas, mobilisons-nous pour que justice nous soit rendue.

YON SÈL NOU FÈB, ANSANM NOU FÒ, ANSANM, ANSANM NOU SE LAVALAS.

samedi 4 avril 2009

A L’HORIZON EN HAITI, UN PARLEMENT "BONHOMME COACHI"


Par Joël Léon

« Marche arrière » de Roger Dorsainvil, n’a jamais cessé de hanter mon esprit dès qu’il s’agit de réflexions sur les hommes politiques de mon pays.
Le 1er Mars 1847, un fait insolite allait se produire dans l’histoire des luttes politiques haïtiennes. L’honorable sénateur Beaubrun Ardouin exaspéré de l’agonie électorale, allait suggérer à ses pairs parlementaires d’élire le candidat ayant le moins de vote à la présidence. A la grande stupéfaction, les autres sénateurs, probablement épuisés et fatigués après avoir voté pendant huit fois pour départager les généraux Jean-Paul et Souffrant, tous deux candidats à la présidence, avaient fini par admettre la proposition de l’historien/sénateur. Ainsi fut élu à la première magistrature de l’Etat, le général Faustin Elie Soulouque parce qu’il jouissait de moins de votes: génial! Un Soulouque que l’on ridiculisait en lui accolant le sobriquet de « Bonhomme Coachi » que certains imaginaient inapte et inepte à être un chef d’Etat et dont on pourrait aisément tirer les ficelles.
Certainement Faustin Soulouque n’est pas l’objet de cet article, mais il sera utilisé comme argument comparatif et politique pour comprendre les acteurs politiques et étatiques de notre temps.
La mise à l’écart du parti politique majoritaire du pays, Fanmi Lavalas, va nous conduire à une situation à celle de 1847. Un Sénat formé de partis politiques non représentatifs nous renvoiera à « un grand corps » (petit corps) à l’image du « Bonhomme Coachi », parce que ce sont les partis minoritaires qui seront majoritaires dans l’enceinte d’une institution aussi fondamentale pour le pays qu’est le Sénat de la République. D’après la constitution en vigueur, le Sénat est indispensable. Visitons donc l’article 97 :
1) proposer à l'Exécutif la liste des juges de la Cour de Cassation selon les prescriptions de la Constitution;
2) s'ériger en Haute Cour de justice;
3) exercer toutes autres attributions qui lui sont assignées par la présente Constitution et par la loi.
Donc, cette institution doit jouir d’une grande légitimité afin de jouer son rôle conformément à la constitution. Toute carence à ce niveau constitue un danger imminent pour les autres institutions, en particulier l’autre branche du pouvoir législatif, la chambre des Députés. Un sénat de type «bonhomme Coachi», c'est-à-dire un grand corps sans légitimité ni représentativité mettra en péril l’équilibre des pouvoirs, situation de fait qui favorisera l’exécutif toujours en quête de failles pour se soustraire à tout contrôle parlementaire. Si l’Empereur Soulouque a été le grand bénéficiaire, il y a 162 années de cela, ce ne sera pas le même scénario pour le Sénat haïtien, parce que ne jouissant pas de pouvoir direct sur les institutions. N’ayant pas les forces publiques sous contrôle, ni le monopole de la violence institutionnelle, le Sénat n’est pas en mesure de s’imposer politiquement. René Préval sera le gagnant. L’exécutif sera tout-puissant, et pourra se passer aisément du Sénat qui souffre d’anémie de légitimité. Si René Préval n’a pas l’étoffe d’un politicien moderne ou trop savant, il comble ce vide par son génie à faire des calculs politiques de « Qui perd gagne » ou « Pike Kole ».
Il a tout à gagner avec un sénat de type «bonhomme Coachi», il peut modifier la constitution à sa guise en s’éternisant au pouvoir par le maintien pour une durée indéterminée des forces d’occupation dans le pays. Il faut apporter un éclaircissement ici: si en Amérique latine il y a une « opération de rapatriement des décisions politiques nationales », l’Haïti de René Préval est à contre-courant. Au contraire, l’exécutif choisit d’éterniser les forces d’occupation, reçoit des dictées de divers pôles de pouvoir (USA, France, Brésil, Canada, Argentine…).Tandis que le Venezuela, le Nicaragua, la Bolivie, Cuba, l’Equateur… dénoncent le projet impérialiste pour le continent en s’évertuant à former des initiatives autonomes de contre-pouvoir impérialiste au niveau continental. Ceux qui associent Préval au projet anti-impérialiste latino américain se trompent grandement. Il est différent des leaders de ces pays qui ont leurs « rêves dans la tête et les armes à la main ». René Préval n’a pas de rêve, car tout rêve impose des sacrifices. Donc, la tentative du président de doter le pays d’un parlement de type « bonhomme Coachi » se situe dans la logique du pouvoir personnel ayant comme objectif la reconquête du pouvoir politique perdu depuis 1986 par la classe traditionnelle de pouvoir d’Etat. Préval n’est dans l’intérêt d’aucune démocratie, formelle ou populaire parce qu’il n’a pas de cause. Sommes-nous à la veille d’une nouvelle tyrannie ?
Avec ces élections d’exclusion, l’exécutif avance le premier pion de son agenda. Un agenda antipopulaire qui ne dit pas encore son nom. Car jusqu'à présent, ce sont les représentants « panzouyis » de l’oligarchie qui occupent toutes les avenues de la présidence, à travers des personnalités des affaires ou des groupes hétéroclites. L’homme de Marmelade a le vent en poupe, malheureusement pour lui « les peuples, ils sont trop têtus et intelligents pour se faire prendre ». Il ne réussira pas, comme ses prédécesseurs. Préval va se heurter à une mobilisation populaire contre l’occupation et ses valets. Cependant, un autre « rendez-vous manque » n’est pas une option pour Haïti, il faut maintenant engager un processus national de mémoire, c'est-à-dire dénoncer le plan Bonhomme Coachi des institutions de la république que Préval trame à la manière de Soulouque.
Beaubrun Ardouin a fait école, plus de 162 ans après, les dirigeants haïtiens de l’Etat ont opté pour cette option paradoxale et imbécile consistant à marginaliser les masses populaires dans la gestion de la chose publique.
Faustin Soulouque a passé plus de 12 ans au pouvoir, le président Bonhomme Coachi que les mulâtres Boyeristes avaient hissé à la présidence parce qu’il était noir, âgé et idiot, s’était « conduit en chef d’état ». Il avait dirigé le pays d’une main de fer, il avait rétabli la paix sociale dans le sang, il s’était entouré de noirs fidèles, il s’était écarté de ses « parachuteurs », il avait tenté de matérialiser son rêve national en envahissant sans succès la Dominicaine par trois fois et s’était finalement fait couronner Empereur (dans la lignée du fondateur de la patrie haïtienne, Jean J. Dessalines)…Préval n’a pas d’ambitions dignes du peuple haïtien, sinon asseoir son pouvoir en distribuant des miettes à un Paul Denis, tenant un business à l’intérieur du Palais national, vendant des sandwichs et de gazeuses glacées ou à un Chavannes Jeune qui a aussi son « demele » à lui. Préval a tenu le cap en cours commencé sous le gouvernement de Latortue, consistant à sauvegarder les avantages fiscaux du secteur des affaires, en créant une caste qui tournoie autour de lui avec « une autorisation de tuer et voler ». Depuis, les scandales mafieux sont innombrables. Le dernier en date est l’affaire de l’argent de la drogue que les responsables locaux et nationaux ont vite fait d’étouffer ; pour le faire tous les moyens ont été bons, y compris l’exécution sommaire et l’empoisonnement. Donc, c’est une mafia qui dirige le pays, ou « l’omerta » s’impose.
On a besoin d’un parlement à la « bonhomme coachi » pour freiner les enquêtes, exonérer les responsables, parachuter des laquais dans les missions diplomatiques et falsifier les données. Fanmi Lavalas, comme parti politique de masses, doit être écarté. Maintenant c’est le règne absolu des minorités. La mise en application d’une politique élitiste dont l’objectif est le pillage des richesses nationales, mais présenté par les idéologues du pouvoir, notamment Fritz Longchamp, Robert Manuel et Boulon, comme un moyen de combattre le populisme. En termes clairs, l’équipe au pouvoir suit les prescrits de Roger Noriega, qui incessamment lance des appels à lutter contre le « populisme » en Amérique latine. Après 3 ans de pouvoir, nous finissons par comprendre la mission secrète de Préval. Tenir le peuple et ses organisations en dehors de la gestion de l’Etat, le plus loin possible. Si aujourd’hui, la poursuite de cet objectif se fait par des moyens politiques, plus tard lorsque le peuple en aura marre, le masque de gentleman va tomber. La répression sera exercée contre tous les leaders populaires et les organisations conservant encore leurs capacités de mobilisation au niveau national. Le courant national est dans l’impasse, le futur est non seulement incertain mais aussi maculé de sang.
Empêcher la mise en place d’un parlement à la «bonhomme coachi» est nécessaire. De là, nous pouvons freiner l’appétit politique de René Préval; mettre en déroute la classe traditionnelle de pouvoir d’état ; obtenir la désoccupation du territoire national; éloigner la mafia du pouvoir politique; rejeter l’idéologie antipopulaire de Roger Noriega et du coup restaurer la souveraineté populaire et nationale sur les institutions haïtiennes.

jeudi 2 avril 2009

Haïti: Entre la Corruption et Les Élections

Le destin de la première république noire du monde augure encore de sombres jours pour plus d’un, voire de misérables lustres pour d’autres. Evidemment, quand des maux haïssables restent incurables et des pratiques moyenâgeuses demeurent, ce pays qui a décroché sa liberté sous des combats glorieux, est loin de connaître le bonheur de la stabilité.
Le Jeudi 19 Mars dernier, sous un rapport honteux de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) sur la gestion de l’ONA, le citoyen Sandro Joseph a été arrêté et jeté en prison pour blanchiment d’argent, tandis qu’on cherche à appréhender ses acolytes faussaires, parmi eux des parlementaires et l’ancien Ministre des Affaires sociales, Gérald Germain.
Quelques jours après, Me Yayo Vladimir Edmond, un des substituts du commissaire du gouvernement, a pris le maquis après avoir fait l’objet d’un mandat d’amener pour corruption présumée, suite à un incident au cours duquel une jeune femme participant à une séance de prière avait été gravement brûlée.
Cette bataille contre la corruption, une pandémie qui ravage l’économie du tiers monde particulièrement celle d’Haïti depuis des ans, est un projectile dans un arsenal en raison du nombre de gens déjà atteints. Notamment, des législateurs qui ont été élus pour travailler au bien-être de la nation haïtienne.
En effet, le mot progrès n’aura aucun sens dans le vocabulaire politique avec cette génération qui cultive l’escroquerie au quotidien. Juges, directeurs généraux et parlementaires sont souvent des corrupteurs inouïs. Ainsi, d’où viendra la cure?
Cette croisade contre les corrompus est juste et louable mais ce sont les soldats qui sont à peine catholiques. Alors que, dans l’intervalle, le gouvernement Préval-Duvivier tente d’emprunter volontiers d’autres voies vers l’instabilité. Le CEP se prépare pour des sénatoriales, le 19 Avril 2009, qui n’annoncent pas un climat serein dans le paysage politique national.
Ces élections sont contestées au départ. Dans l’absolu, aucune élection n’est possible lorsqu’il y a des revendications non satisfaites, des menaces de boycotte et des révélations de tout genre. Le leader du GREH, l’ancien colonel Himmler Rébu, a parlé, au cours d’une entrevue à Radio Caraïbes, d’une liste de candidats présélectionnés par le pouvoir avant le scrutin. Un député a aussi sévèrement blâmé le président Préval pour sa politique d’autruche et son amour pour des crises obscures et révoltantes.
Certainement, nombreux sont les analystes qui s’interrogent sur l’après 19 avril. La majorité n’a pas toujours raison, mais gagne souvent. Quel sera le corollaire de l’absence Lavalassienne? Quand on sait que le parti Lavalas détient plus de 60 % des votants. Cette lutte contre les faussaires aura-t-elle une conséquence néfaste sur l’ordre des joutes à venir? Quand on ne peut oser ignorer la notoriété de bon nombre de corrupteurs à appréhender.
Néanmoins, tout va dans le plus ignoble silence. Plus de 100 tonnes de matériel électoral (urnes, isoloirs, fournitures de bureau, etc.) sont déjà arrivés du Mexique et 9.411 bureaux de vote seront répartis à travers les dix départements pour l’organisation du premier tour.
Cependant, entre la corruption et les élections, le peuple soupire sous le fardeau de sa fin. Tandis que des gens s’enrichissent, nos frères meurent dans les champs de canne à Santo-Domingo, au foyer des lézards aux Bahamas, dans les prisons de l’Oncle Sam, pour en faire une piteuse citation. Un pays en lambeaux, or des cupides empochent de margot. Connaîtra-t-on de nouveaux revers postélectoraux? Le destin le saura.

André Jean-Rony Monestime
Jean-rony.andre@mymail.barry.edu
(954) 297-3855

mardi 31 mars 2009

DÉMOCRATIE OU DÉMOCRATURE?


Toute l’histoire d’Haïti depuis 200 ans est caractérisée par la marginalisation, l’exploitation et la répression des masses par une infime minorité de possédants. L’Indépendance nationale résultant de l’entente circonstancielle des noirs et des hommes de couleur n’a pas modifié le panorama des classes sociales et les conditions dégradantes de vie de plus de 450.000 âmes sur les 500.000 habitants représentant la population d’alors de la Nation nouvellement née.
A l’ordre colonial esclavagiste s’est substitué une nouvelle classe politique et économique avec les mêmes habitudes et les mêmes mentalités que les anciens colons. L’accès des anciens esclaves à la propriété, à l’éducation, aux soins de santé, au minimum de subsistance a été tout au long de l’histoire entravé par les anciens libres affranchis, fils d’anciens colons en majorité, des cadres de l’Administration et par des généraux eux-mêmes qui s’octroyaient la charge de diriger les destinées de l’Etat.
Et plus tard, vers la deuxième moitié du 19ième siècle, des hommes et femmes venus des contrées levantines, accueillis chaleureusement sur cette terre adoptive et chaleureuse, se sont mis malheureusement avec ces élites traditionnelles en épousant leur mentalité d’exclusion pour pouvoir renforcer à travers une hégémonie économique, leur pouvoir d’exploitation et de contrôle de la grande majorité, occasionnant ainsi la naissance de deux mondes dans un seul Pays, une Nation à double vitesse avec la confiscation de 70% des richesses nationales entre les mains de 5% de la population.
Le traitement accordé à l’Education, élément indispensable à tout développement socio-économique, par les différents gouvernements qui se sont succédés en Haïti depuis 1804 et par les élites constitue l’exemple le plus évocateur de cet apartheid social. Semer l’Instruction, c’est semer la Révolution, prêchait-on sous Boyer. Les préoccupations étaient prioritairement politiques et les droits fondamentaux de la population étaient méprisés. En 12 ans de Gouvernement, Pétion n’a construit que deux écoles de santé, un lycée de garçons, et un pensionnat de jeunes filles. Boyer, en 25 ans de pouvoir, n’a construit aucune école primaire. En 1952, après un siècle et demi d’Indépendance, 90,4% de la population étaient analphabètes, 88% d’hommes et de femmes en zone urbaine et, en zone rurale 92% d’hommes et 92% de femmes.
Alors que le pouvoir Lavalas de 1994 à 2004, malgré le boycott de ses différents mandats, pratiquement troublés ou amputés par les subversions politiques et les coups d’Etat sanglants, a construit plus d’écoles primaires et de lycées que depuis l’Indépendance jusqu’à son avènement. En effet de 1994 à 2000, 195 écoles primaires et 104 lycées sont construits, dont la plupart dans des zones rurales et marginalisées du Pays.
Cette situation de marginalisation de la grande majorité, s’apparentant à un apartheid social, culturel, économique et politique, a traversé deux siècles, durant lesquels les masses, afin de se créer une petite place au soleil, ont livré une bataille sans répit contre ces élites, jouissant de la complicité perverse des puissances internationales. Une exclusion sociale et politique, ayant trouvé son paroxysme avec cette dictature trentenaire rétrograde des Duvalier père et fils au cours de la dernière moitié du siècle dernier, dictature qui a su puiser ses racines dans cette société féodale d’apartheid et d’exploitation.
Si dans les années 1791-1804, les masses, entendant parler de liberté, d’égalité entre les hommes par les philosophes du siècle des Lumières, guidées par Toussaint Louverture et Jean-Jacques Dessalines, ont forcé, au prix de leur sang, les élites nationales et internationales à reconnaître leurs droits à la vie, à la liberté et à la dignité ; en 1986, entendant parler de droits de l’homme, de liberté d’expression, de démocratie et de suffrage universel, elles ont forcé encore une fois de plus, ces élites à reconnaître leurs droits de choisir leurs représentants, en boutant hors du pouvoir le fils Duvalier, malgré l’appui des élites rétrogrades traditionnelles étrangères et locales.
Depuis lors, cette grande majorité n’entend se démordre de leur droit de vote, véritable conquête payée au prix de leur sang. Mais, force est de reconnaître que l'existence de ce droit de vote, aussi étendu qu'il puisse être, ne lui permet pas de garantir la démocratie dont elle entend se prévaloir.
La démocratie, régime politique apparu dans Athènes en l’an 507 avant Jésus Christ, semble être le mode de gouvernement le plus naturel à l’homme où Aristote reconnaît que « la voix du plus grand nombre a force de loi ». Fondée sur le principe du suffrage universel, dont des élections libres, démocratiques et inclusives constituent le fondement le plus légitime, la démocratie en Haïti, malgré le courage obstiné du Peuple à vouloir sa concrétisation, a toujours été censitaire, aux relents racistes, allant à l’encontre du vœu de la grande majorité. Pis est, une démocratie, à l’origine le plus souvent de bouleversements sociaux et politiques, occasionnant des massacres, des descentes de lieux, des intimidations dans le but malsain et pervers d’étouffer la voix de la grande majorité. Pratiques souvent appliquées par les forces traditionnelles et obscurantistes locales, à la solde des grandes « démocraties » occidentales, plus enclines à imposer leur Ordre Mondial aux Nations du Sud telles que nous.
Si la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée par les Nations Unies en 1948 stipule que « La volonté du peuple est le fondement de l’autorité des pouvoirs publics », pourtant, tout concourt aujourd’hui à corseter cette volonté et à la manipuler avec une force inégalée par le passé: l’imbrication des puissances de l’argent et des médias qui aboutit à falsifier l’information ; les experts, plus ou moins indépendants, qui envahissent les cabinets ministériels et parasitent l’expression de l’intérêt général; la crise sociale qui atomise l’espace public ; des ONG à la solde de ces puissances étrangères, affaiblissant les gouvernements progressistes, minant même l’idéal démocratique dans ses fondements.
Des élites économiques, dénuées de toute appartenance nationale, se comportant comme de véritables intrus, renfermés sur eux-mêmes, des endogamiques refusant systématiquement de s’ouvrir vers les masses physiologiquement, culturellement et ethniquement différentes d’eux, sont la véritable image de cette volonté à vouloir exclure et à refuser à la grande majorité une émancipation sociale et politique naturelle. Le phénomène Aristide et toute l’opposition dont il fait l’objet doivent être vus suivant cet angle culturel, anthropologique et social.
En effet, depuis l’émergence des masses populaires haïtiennes sur la scène politique nationale, des événements sanglants ont émaillé sa lutte vers la démocratie, payant de sa chair et de son sang, sa volonté inébranlable de faire respecter son droit de vote face à l’obstination de ces élites apatrides à vouloir tout accaparer des richesses nationales.
Le 29 novembre 1987 marque le début de ce calvaire sanglant, véritable odyssée d’un peuple assoiffé de justice sociale, de démocratie et de participation à la chose publique. Ce jour là, près d’une vingtaine de citoyens et citoyennes, bulletin de vote en mains, s’apprêtant à aller choisir leurs représentants, furent lâchement assassinés par des escadrons de la mort à la solde de l’oligarchie locale et de ces forces obscures, obnubilées par leur obsession bicentenaire de réduire au silence les masses haïtiennes, ce peuple phare, rebelle à leurs injonctions et à leur agenda hégémonique. Le souvenir des parcelles de cervelle humaine étalées sur le parvis du bureau de vote que logeait l’Ecole Argentine Bellegarde à la Ruelle Vaillant hante toujours la mémoire collective.
Malgré ces turpitudes, c’est un peuple encore plus déterminé qui s’est engagé sur la voie démocratique, en 1990, plus précisément le 16 décembre de cette année charnière de notre avancement dans cette lutte émancipatrice, pour aller donner encore une fois une leçon à ces faux démocrates pris au piège de leur propre démocratie occidentale.
Le 16 décembre 1990, les masses haïtiennes se sont exprimées clairement, au moment où tout semblait être planifié pour l’élection d’un gentil représentant de cette oligarchie minoritaire. Byen konte, mal kalkile: les masses ont élu démocratiquement leur premier président depuis la naissance de ce Pays comme Nation Indépendante et souveraine. Jean Bertrand Aristide, jeune prêtre de Saint Jean Bosco, qui a sacrifié toute sa vie pour une plus grande justice sociale dans ce Pays et qui a su tisser entre lui et la grande majorité une relation d’amour profond et de reconnaissance mutuelle. Une véritable symbiose entre un Peuple et son leader, phénomène social, mystico-religieux et politique, échappant jusqu’à présent aux analyses sociologiques et politiques des plus brillants experts en la matière. Représentant de l’Haïti profonde, du Pays en Dehors, au centre des antagonismes sociaux, Aristide reste et demeure, vingt ans après l’homme politique le plus populaire de ce Pays traversé par tant de contradictions et de préjugés sociaux
Malheureusement cette élection a réveillé les vieux démons racistes et exclusivistes des Grands de ce Monde qui refusent à ce Peuple le droit de choisir ses dirigeants au nom des principes sacro-saints de cette démocratie dont ils disent être les hérauts. Le 30 septembre 1991, sept mois seulement après cet acte souverain et démocratique, les élites minoritaires de concert avec la classe politique traditionnelle ont noyé dans le sang cet espoir suscité avec l’ascension à la Présidence de son Représentant légitime. Jean Bertrand Aristide a du prendre le chemin de l’exil. La démocratie vient de se transformer en source de malheurs, de deuil et de déboires d’un Peuple obligé de résister durant trois années cauchemardesques au cours desquelles il a du faire face à des escadrons de la mort n’hésitant pas à livrer ses cadavres aux chiens et aux porcs, voulant ainsi les contraindre à ravaler leur insolence d’avoir élu à la plus haute Magistrature ce fils de Paysan, nous rappelant les paroles de Gerin à l’endroit de l’Empereur Dessalines, sacrifié pour avoir voulu cette société inclusive, d’égalité et de justice sociale, anti-apartheid à laquelle il aspire tant, ce peuple.
Pour bien saisir et cerner objectivement les revers politiques de Jean Bertrand Aristide et du peuple haïtien, il ne faut jamais négliger cette approche sociologique et historique voire même anthropologique, faite plus haut. Ainsi Jean Bertrand Aristide n’a pas terminé son mandat présidentiel, bousillé par des antidémocrates, aveuglés par leur vision rachitique et raciste, refusant de comprendre la mutation sociopolitique, survenue chez le peuple haïtien. Des hommes et femmes qui refusent aussi de comprendre que la route du progrès social passe irrémédiablement par la voie démocratique qui doit permettre la réconciliation réelle des deux Haïti. Réconciliation impérieuse entre les représentants de la grande majorité et ces élites qui ont su bénéficier des faveurs de notre hospitalité mais qui ont préféré épouser l’attitude raciste et sectaire des fils et filles des anciens libres aux préjugés sociaux ancrés séculairement dans leurs mentalités, semblables à celles des békés des îles voisines.
Et cette transition démocratique qui n’en finit point de s’éterniser à cause de la mauvaise foi, de la haine ressentie contre les classes pauvres et aussi, d’un autre coté, de la volonté inébranlable d’un Peuple à exiger que l’on respecte son droit de vote, à sonner le glas de cette situation bi-séculaire d’apartheid sociopolitique, à réclamer plus de justice sociale, enfin à vouloir une autre Haïti, telle rêvée par le Père Fondateur Jean Jacques Dessalines et honnie par les békés mentaux, ces véritables fossoyeurs de la Nation.
Mais, tenace et résistant, le Peuple haïtien, n’entend point baisser les bras, obligeant ainsi les donneurs de leçons en matière de démocratie à rétablir l’Ordre Constitutionnel en Haïti avec le retour dans son Pays du Président Jean Bertrand Aristide. Une véritable saga d’un Peuple face à l’arrogance d’une classe d’hommes et de femmes, trop aveuglés par leur esprit de caste.
Mais croyant que ce Coup d’Etat sanglant allait être le dernier de son histoire démocratique et que le retour de son Leader si aimé allait le conduire sur la voie durable de la démocratie, le peuple haïtien s’est engagé à voter, en 1995, un an après ce retour, celui qui semble être le plus proche de son Idole Aristide : René Préval. Et plus loin, se pliant aux exigences démocratiques et aux échéances constitutionnelles, il a élu majoritairement au Sénat et à la Chambre des Députés ses représentants pour voir plus loin les forces traditionnelles locales qu’internationales contester leurs résultats qui ne furent que le reflet de la faiblesse des partis politiques et du manque de proximité de ces forces rétrogrades avec l’électorat majoritaire. Des élections contestées par une minorité incapable de convaincre l’électorat haïtien mais assez puissant du point de vue médiatique et financier, pour falsifier les informations et empoisonner le climat social.
Malgré tout, le peuple haïtien renouvelle sa confiance en Jean Bertrand Aristide en l’élisant une seconde fois à la Magistrature Suprême au cours d’élections libres et démocratiques, quoique boycottées par une opposition minoritaire et lâche, déjà assurée de sa déroute face à la popularité phénoménale du Leader National.
Dès l’inauguration de son nouveau mandat, des mouvements subversifs tant armés que politiques, orchestrés par une opposition antidémocratique et une fraction minoritaire de la société civile, principal fer de lance de cet apartheid social se mettent à empoisonner la vie politique et sociale. Exploitant l’antipathie puérile du Chef d’Etat de la plus grande puissance mondiale envers le peuple résistant et rebelle d’Haïti, cet homme hyperpuissant désireux uniquement de venger son Père, habité de la rancœur d’avoir vu le Peuple haïtien obtenir le retour en 1994 de son Leader renversé trois ans plus tôt, ils ont fini par renverser, à travers un Coup d’Erat beaucoup plus sanglant que le dernier, le Président Jean Bertrand Aristide, déstabilisant encore une fois la marche normale de la démocratie.
Une nouvelle fois, la démocratie est mise en déroute. Jean Bertrand Aristide, embarqué de force dans la nuit du 28 au 29 février 2004 pour une destination jusque là inconnue par le kidnappé, n’a pas terminé, une fois de plus son mandat. Et le calvaire du Peuple d’Haïti reprend de plus belle avec son cortège de morts, d’ « arimay » dans les quartiers populaires suivis d’arrestations arbitraires, ses descentes d’escadrons de la mort, semant le deuil au sein de la population, avec ses nuits d’horreur, ponctuées de cris de douleur, aux cieux troués de décharges d’armes automatiques, troublant le sommeil des habitants des quartiers pauvres dits de non droit.
Jean Bertrand Aristide n’a pas terminé son mandat pour la seconde fois. Les élections ne sont encore que source d’emmerdes, de souffrances, de calvaire. Un véritable chemin de croix qui doit s’ouvrir sur une prise de conscience nationale de nos erreurs, de nos bêtises, de nos fourvoiements et surtout de nos stupidités d’avoir été des outils entre les mains de puissances internationales, obsédées par ce Peuple phare qui doit toujours donner le mauvais exemple aux voisins immédiats et aux autres Nations désireuses de s’émanciper à la manière haïtienne.
Les élites doivent accepter les principes sacro-saints des règles du jeu démocratique. Elles doivent comprendre que le peuple veut réellement vivre en démocratie et rejette cette démocrature qu’elles entendent lui imposer afin de pouvoir installer sa domination économique et politique. Ces élites doivent aussi assumer leur appartenance à cette terre qui a fait leurs richesses en l’accompagnant sur la voie de la démocratie, en respectant la Loi mère, et en cessant de noyer dans le sang l’espoir de la grande majorité.
Le plus bel exemple de cette volonté démocratique serait d’encourager toutes les parties à trouver un consensus national devant rassurer la grande majorité sur la nécessité de croire en la voie électorale, garantie sine qua non à toute émancipation démocratique de la Nation Haïtienne. Et cette garantie, à notre humble avis, trouverait son expression la plus concrète par la récupération des mandats de son Leader National, bousillés en deux fois, à cause de cette volonté exclusiviste et antinationale à refuser à la grande majorité ce droit de vote acquis au prix de son sang. Haïti sortira de son sous-développement chronique si et seulement si ces élites acceptent les règles démocratiques.
Autre exemple de ce refus des élites traditionnelles à s’engager sur la voie démocratique est leur empressement à avaliser l’exclusion du Parti Politique majoritaire de ce Pays des prochaines joutes électorales d’avril 2009 par ce CEP croupion, aux ordres d’un Exécutif, soucieux de se perpétuer au Pouvoir, en éliminant malhonnêtement et de façon grossière et illégale la plus grande force politique du Pays. Refuser à la grande majorité le droit d’exercer ses droits civils et politiques devrait susciter une réaction de désapprobation spontanée de tout démocrate. Mais leur réaction naturelle à exclure le plus grand nombre, avec la complicité d’une Communauté Internationale hypocrite et rusée, prompte à financer cette mascarade, démontre clairement que cette classe politique traditionnelle et nos élites refuseront toujours de se plier aux règles démocratiques comme le préconisait Aristote. Le silence complice des candidats à cette mascarade électorale en gestation ainsi que l’indifférence de la plupart des directeurs d’opinion nous démontrent aussi à quel point cette mentalité d’apartheid imprègne déjà avec la même force les pratiques des hommes et femmes des générations présentes et futures, appelées à prendre en mains les rênes de ce Pays.
Malheureusement, nous serons tous des perdants, sauf finalement les masses haïtiennes. L’aggravation encore plus accélérée des conditions de vie de la population délaissée à elle-même avec un environnement aussi délétère, menaçant même notre survie géographique, le manque de leadership dans la prise en charge de la population, tout cela concourt à nous conduire vers une explosion sociale imminente. Ceux qui rêvent toujours de nous imposer leur ‘démocrature’, cette forme de gouvernement à visage démocratique sur fond de dictature, finiront par mettre en péril notre souveraineté et voilà l’échec patent des élites têtues, obstinées dans leur aveuglément à vouloir tout pour eux. Ils deviendront alors officiellement des errants, sans patrie d’adoption, malgré leurs millions investis dans des multinationales, au mépris de leur Nation adoptive et nourricière.
Et le Peuple héroïque d’Haïti Quisqueya ou Bohio continuera sa lutte émancipatrice, assuré sans doute de la solidarité des Peuples frères du Monde Libre car l’Homme, en général, qu’il soit blanc, jaune ou noir et quelque soit son degré d’évolution, ne peut souffrir éternellement de l’injustice. Ses réactions dans l’ordre des faits peuvent varier suivant ses amertumes. Mais par tous les moyens en son pouvoir, il cherchera à briser l’entrave qui l’empêche de s’épanouir.
Le Peuple haïtien est arrivé à la phase finale de cette lutte libératrice. Il a choisi la démocratie pour son épanouissement mais les faiseurs de démocratie lui refusent obstinément à lui en laisser jouir les retombées comme pour tous les peuples libres. A chaque fois, qu’il choisit ses représentants, à travers d’élections libres, s’il n’en est pas exclu comme aujourd’hui, il voit son vote noyé dans son propre sang. L’heure a alors sonné pour que cessent ces crimes contre la démocratie haïtienne et ces pratiques d’exclusion ; et que l’on comprenne que ce peuple n’entend point renoncer à cette bataille qu’il aura à remporter malgré vents et marrées. D’ailleurs, lucide, intelligent, Il a choisi depuis près de 20 ans, un 16 décembre 1990, celui qui doit l’accompagner durant les 20 prochaines années jusqu’à la victoire finale où ses droits fondamentaux de justice sociale et de bien-être seront respectés.
Et les recettes économiques importées des plus grands experts internationaux à la Paul Collier ou concoctées localement à la DSNCRP ne sauraient nous permettre de nous tirer de ce marasme socio-économique tant que nous persistons dans cette voie exclusiviste, antidémocratique et négationniste.

LE CENTRE IDEOLOGIQUE LAVALAS

dimanche 29 mars 2009

DE LA DÉMOCRATIE RIGIDE À LA DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE


Le Comité Fanmi Lavalas des Haïtiens d’Outre-mer, de concert avec d’autres organisations locales se sont réunis le Vendredi 27 Mars 2009 au local du Restaurant China Buffet du conté de Broward situé au 2091 N. University Drive, dans la ville de Sunrise pour réfléchir autour des points forts et des points faibles de la constitution. Les thèmes de la double nationalité, et de la réforme constitutionnelle ont été entre autres débattus au cours de cette rencontre. La diaspora haïtienne du conté de Broward présente à cette soirée s’était montrée très éloquente sur le sujet de réforme constitutionnelle et de la double nationalité. Plusieurs intervenants ont mis l’accent sur l’importance d’une constitution dans un pays. La constitution est la boussole de l’Etat tant sur le plan politique que sur le plan social et économique. Ils ont mis en exergue la nécessité de la reconnaissance de la double nationalité en Haïti et ont entre autre démontré ses avantages et ses bénéfices pour l’ensemble du Pays.
Le centre d’intérêt de la soirée était indubitablement la Constitution de 1987. Elle caractérise la manifestation de la volonté du peuple haïtien dans les années 80. Un peuple assoiffé de justice, de liberté et surtout d’intégration sociale. Toutes fois la rigidité de la Constitution de 1987 a fait d’elle un outil qui a manqué à sa mission. Dans son préambule on peut remarquer que les citoyens avaient en tête la conviction de doter le pays d’un instrument démocratique capable de protéger les intérêts du peuple. L’idée était d’apporter un apport substantif au pays fraîchement libéré du joug d’une dictature féroce. Le stipulé des articles 13, 15, 18, 284.3 et 291 respectivement sur la double nationalité, concernant la consultation populaire en vue de la modification de la constitution et le fameux article « Makout pa ladann », dénoncent clairement une psychose de peur chez les constituants. http://www.hpp4haiti.com/mhavelo_passport.pdf
La constitution plaçait des balises, comme ce fut le cas de Dessalines quand il a fait construire des forts à travers le pays par crainte d’un retour éventuel des colons. Cela nous ramène à l’idée exprimée par le professeur Bell Angelot dans son texte: « Chaque Constitution est l’expression de son temps » Fort de cela, un doute de plus en plus grandissant s’est logé dans la tête de plusieurs participants qui se questionnaient sur le caractère « koupyon » de l’actuel gouvernement qui parle en ce moment de réforme constitutionnelle. Au premier abord, le peuple doit savoir de quoi il s’agit. Qu’est ce que ces dirigeants essayent d’inscrire dans la Constitution? Nous devons nous montrer très vigilants, car ce gouvernement n’est pas fiable. Cette réforme prendra t-elle en compte les nombreuses revendications du peuple haïtien? Ou sera-t-elle la consécration de la mise sous tutelle du Pays de Dessalines?
La participation populaire dans les affaires de l’Etat est considérée comme l’un des piliers du système démocratique. Etant donné l’extrême nécessité et l’importance de la décision des membres du corps social dans un pays qui se dit démocratique, il est à conseiller d’encourager la communication avec toutes les forces vives de la nation en matière politique. Il faut développer les infrastructures de la technologie de l’information afin d’aider la population à mieux comprendre le processus de réforme constitutionnelle mise en place. Il est aussi impératif de libérer la presse et les mass médias de l’influence et de la domination du gouvernement. Les journalistes ont ici un rôle primordial dans l’émergence des nouveaux principes de tolérance, d’acceptation d’autrui et d’intégration sociale. L’article 284.3 altérait le caractère démocratique de la Constitution 1987. De ce fait une large couverture médiatique sur les articles à amender est à encourager. L’interaction entre les gouvernants et les gouvernés peut assurer une stabilité fiable. Elle ne doit pas être seulement apparente ou une simple publicité des pays amis suivant la pleine satisfaction de leurs intérêts.
Est-il le moment idéal pour qu’un débat sur la réforme constitutionnelle occupe une si grande place dans l’agenda du gouvernement? Devant l’urgence et la complexité de la situation dégradante du pays, le gouvernement ne devrait-il pas plutôt se pencher sur les moyens de créer des emplois, de procurer au pays des infrastructures de base. ? N’est-il pas plus urgent de finaliser les élections des collectivités territoriales? Rappelons-nous que ces élections n’ont jamais été finalisées. Les questions se multiplient donc concernant cet empressement de réaliser des élections pour le renouvellement du tiers du Sénat. N’est-il pas plus pressant de se pencher sur les problèmes de l’agriculture puisque les enfants du peuple meurent de faim.
Les questions pullulent concernant l’urgence de procéder à une réforme constitutionnelle au cours de la période électorale. Il est aussi important de souligner que la diaspora haïtienne a saisit la chance de se faire entendre sur la question de la double nationalité. L’opinion des participants est faite sur la question de la double nationalité, ils optent pour une radiation tout simplement de l’article 15 de la Constitution. Leur vision des choses est bien claire. L’un d’eux a opiné en ces termes : « La double nationalité donnerait aux haïtiens de l’étranger la force morale de vivre leur exil involontaire en dehors de leur patrie tant aimée. Ils veulent être traités comme des haïtiens à part entière. Il est important pour que les haïtiens naturalisés fassent comprendre à leurs compatriotes qu’ils n’ont jamais voulu, en aucun cas, renoncer volontairement à leur nationalité. Ils ont pour des raisons bien précises adoptés la nationalité de leur pays d’accueil mais dans leur âme, ils n’ont rien changé, ils restent et demeurent haïtiens. »
Un autre participant a déclare : « Aussi Paradoxale que cela semble être, Nous avons adopté une autre nationalité pour devenir un meilleur citoyen pour pouvoir mieux venir en aide à notre pays d’origine.
La reconnaissance de la double nationalité nous permettrait de participer de façon plus efficace à la reconstruction d’Haïti à tous les niveaux ».
Ceux présents à cette manifestation culturelle ont également brandi leur revendication concernant le droit de vote. Comme cela peut se faire à travers des consulats et des ambassades de plusieurs autres pays, ils pensent qu’il est grand temps de penser à ce changement et d’arrêter de violer le droit des citoyens haïtiens de l’extérieur.
L’esprit de ces aimables participants ne s’était pas figé sur les articles précédemment cités, ils ont aussi questionné le respect de la Constitution Haïtienne dans son intégralité. Ils ont soulevés par ailleurs la présence des prisonniers politiques qui croupissent encore en prison et le flot des exilés politiques qui sont toujours loin de leur terre natale. Ils exigent que le droit des citoyens haïtiens soit respecté selon le vœu de la constitution.

L’article 41.1 stipule: « Aucun haïtien n’a besoin de visa pour laisser le pays ou pour y revenir ». Comme a dit l’autre « Konstitisyon se papye, bayonèt se fè, » les constituants ont pensé aux actes de kidnapping et à la trahison aveuglante des dirigeants qui les empêchent de travailler à l’application d’une vraie démocratie dans le pays.
Plus d’un pensent que la Constitution de 1987 était un travail de titans mais elle doit aussi refléter le mode de vie des citoyens et la ligne politique du pays à un moment donné. Et quand on considère que les temps ont changé, les lois doivent s’adapter à leur époque.
N’en déplaise à Montesquieu qui écrivait: « Il ne faut toucher aux lois que d’une main tremblante », évitant d’aller de la démocratie à la démocrature en Haïti.
Le débat sur la réforme constitutionnelle est déjà lancé. Dans cet ordre d’idée le gouvernement se hâte d’organiser des élections « bouyi vide » dans le pays en excluant le parti le plus populaire du pays. Le Comité Fanmi Lavalas des haïtiens d’outre mer leur aurait conseillé à son tour d’utiliser des mains tremblantes, pour que la montagne n’accouche pas d’une souris.

Néanmoins, qu'ils fassent leur travail et facilitent la réintégration de la diaspora trop longtemps reléguée au second plan alors qu’elle joue un rôle essentiel dans la vie socio-économique, d’Haïti.

Les haïtiens vivants à l’étranger disent OUI à la double nationalité.

La rencontre s’est terminée dans la sérénité après deux heures et demie de débat très animé. Ils ont tout de même fait des recommandations très pertinentes, concernant la garantie d’une stabilité socio-économique et politique, ils recommandent la formulation de politiques efficaces qui visent la répartition des richesses du pays. Ils demandent la fin de la marginalisation de certains groupes ainsi que le respect des accords internationaux sur les droits de l’homme et du citoyen. Ils prônent l’encouragement de la participation des femmes en leur accordant des rôles plus actifs dans le développement de la société moderne. IL faut aussi que l’Etat garantisse le droit des étudiants à participer à la vie politique du pays. Un encadrement professionnel des militants de base s’avère aussi d’une grande importance.
Pour finir, nous avons tous souhaité que les propositions d’amendement fassent l’objet d’un débat national afin de lutter efficacement contre certaines négativités des gouvernements en matières politiques, et socio- économiques.

Jean Joseph
Josette Elisée
Marie Carmel Dumont
Josué Pierre Louis
Jean-Luc Bell
Nadia Joseph
Fritz Jean-Pierre
Gary Dominique
Gary Jean-Pierre
Majolie Zéphirin
Jacob François
Youseline Bell